ESCIF (ES)

Escif 2017 - "Saumon Sauvage" - Acrylique sur mur

MURALISME

Quai du val, 35400 Saint-Malo

ESCIF (ES)
www.streetagainst.com
instagram : Escif
Photo : © philippe baudelocque

 

Suite à la demande de la direction du port et de la municipalité, et ce afin de ne pas procéder à l'effacement total de l'oeuvre conformément au contrat qui nous liait, les inscriptions faisant partie de l'oeuvre ont du être effacé par l'organisation et ce, avec l'accord de l'artiste.

Le texte ci-contre a été écrit par Escif qui fait part de sa réflexion suite à cette censure de la liberté de création.

 

 

 

 

"Je veux partager quelques réflexions sur le dernier mur que j'ai peint en Bretagne, en France.

Toute intervention effectuée dans l'espace public est politique dans la mesure où elle modifie la vie quotidienne des habitants des villes. Cette modification peut être orientée dans deux directions possibles: en rapprochant les gens de leur réalité ou en les éloignant.

Même si la peinture s'inscrit inévitablement dans les paramètres du spectacle, je veux penser qu'il existe des moyens de rapprocher la peinture de la réalité. Montrer les limites entre vie et spectacle, entre présentation et représentation, entre contemplation et expérience, entre paysage et territoire, entre pouvoir des institutions et pouvoir des peuples.

Je crois, en effet, que ce lien avec la réalité est précisément ce qui a permis au Graffiti de séduire le grand public, les institutions, les grandes puissances et l'histoire. La peinture et les peintures murales existaient déjà avant l'arrivée du Graffiti dans les villes. Ce que le Graffiti apporte à la peinture murale, et même à l'histoire de l'art, c'est précisément la spontanéité de l'expression populaire sur les murs, loin des filtres institutionnels et des stratégies d'affaires. Ce n'est qu'en comprenant cela que nous pouvons comprendre l'émergence actuelle du muralisme et son importance dans la société contemporaine. Nous ne parlons pas seulement de peinture, mais surtout d'action, d'expériences, de la vie, des gens et des villes.

Nous vivons à une époque mouvementée où les gouvernements corrompus pillent les comptes publics sans honte, protégés par les médias traditionnels et par un système judiciaire partiellement assigné. L'une des clés de ce système de pouvoir perverti est le soutien direct à une culture anodine, frivole et silencieuse. C'est le spectacle du spectacle, où personne n'a le droit de s'ennuyer. Une culture du divertissement dont le seul objectif est de nous éloigner de nous-mêmes.

Il y a quelques jours, j'ai peint un mur à Saint Malo (Bretagne française) dans le cadre d'un projet de peinture murale soutenu par la municipalité. Comme tant d'autres fois, mon intervention a été construite sur un récit croisé, qui racontait différentes histoires tirées du contexte local. Entre autres éléments, j'ai décidé d'incorporer des phrases et des graffitis que j'ai pu trouver dans les environs. Cet exercice, que j'ai déjà fait en de précédentes occasions, me permet de comparer différentes formes et langues sur le même mur. D'une part, il s'agit d'une manière d'amplifier le bruit de la rue, d'autre part il sert à souligner et à honorer les origines du muralisme contemporain.

De retour dans ma ville, j'ai reçu un courriel de l'organisation de l'événement expliquant que le gouvernement local était en désaccord avec cette peinture. Dans sa lettre, ledit gouvernement a déclaré que la peinture murale semblait juste, mais qu'ils avaient trouvé les messages écrits inappropriés de par leur nature politique, sur un bâtiment appartenant au domaine public. Ils ont demandé leur retrait immédiat, faisant valoir que la subvention de ces actions ne prévoit pas le mélange de la politique et de la culture. Dans cette lettre, il est fait référence à des messages sur «Notre Dame des Landes (*)» et «la mort du capitalisme», entre autres.

Ainsi, conformément au contrat d'attribution du mur, les messages écrits ont été effacés de la peinture murale, ne laissant que le dessin central et l'un des textes qui dit : "zone d'espoir". Un véritable acte de terrorisme poétique.

Je ne suis pas surpris par ce qui s'est passé, considérant que cet exercice confrontait deux niveaux de culture opposés: l'art institutionnel légitime et la libre expression populaire. Ce qui s'est passé n'est qu'une preuve de plus qui nous permet de rouvrir le débat sur les limites de l'art institutionnel."

Escif